En 2024, les chutes ont provoqué 20 148 décès et 174 824 hospitalisations chez les personnes de 65 ans et plus en France. Ces chiffres ne baissent pas : le taux de mortalité a augmenté de 18 % et celui d’hospitalisation de 20,5 % depuis 2019 (Santé publique France).

Le fait marquant est ailleurs : la chute grave n’est presque jamais un accident isolé. Elle survient sur un trajet banal, souvent de nuit, souvent entre le lit et les toilettes. Ce sont ces trajets-là qu’il faut traiter en priorité — pas la maison entière.

Commencer par le trajet de nuit

C’est le parcours le plus accidentogène de tout le logement : réveil, lever rapide, obscurité, tension artérielle qui chute, pieds nus, tapis.

Ce qui se corrige immédiatement :

  • De la lumière automatique au sol, pas au plafond. Des veilleuses à détection de mouvement placées le long du trajet suffisent ; l’objectif est de voir le sol sans être ébloui ni chercher un interrupteur.
  • Le trajet vidé : rien au sol, pas de tapis, pas de fil qui traverse, pas de carton « en attendant ».
  • Un point d’appui à la sortie du lit — une barre ou un meuble stable, jamais une table de nuit à roulettes.
  • Se lever en deux temps : s’asseoir au bord du lit une trentaine de secondes avant de se mettre debout. C’est gratuit et c’est ce qui évite le malaise du lever.

La salle de bain

C’est la pièce où les conséquences sont les plus lourdes : surface dure, surface mouillée, et souvent une baignoire à enjamber.

  • La baignoire enjambée est le geste à supprimer. Une planche de bain ou un siège pivotant dépanne ; une douche de plain-pied règle le problème.
  • Deux barres d’appui, l’une à l’entrée de la douche, l’autre près des toilettes. Fixées dans le mur porteur — une barre à ventouses est un accessoire de voyage, pas un équipement de sécurité.
  • Un tapis antidérapant dans le bac, et un sol antidérapant au sortir.
  • Un rehausseur de WC si se relever demande un effort : c’est l’aménagement le moins cher et le plus immédiatement utile.

L’escalier

  • Une main courante continue, qui ne s’arrête pas avant la dernière marche — et, idéalement, des deux côtés.
  • Des nez de marche contrastés : le danger vient de la marche que l’on ne distingue pas, particulièrement quand la moquette est unie.
  • Un va-et-vient en haut et en bas, pour ne jamais monter dans le noir.
  • Rien qui traîne sur les marches. L’habitude de poser un objet « pour le monter tout à l’heure » est la cause classique.

Le séjour et les circulations

  • Les tapis : les retirer, ou les fixer sur toute leur périphérie. Le tapis de couloir est l’obstacle le plus banal et le plus sous-estimé.
  • Les fils rangés le long des plinthes, jamais en travers d’un passage.
  • Un fauteuil haut avec accoudoirs : un siège bas rend le lever difficile et pousse à s’appuyer sur ce qui se trouve à portée — souvent un meuble instable.
  • Une largeur de passage dégagée partout, y compris avec un déambulateur.

La cuisine

  • Rien d’utile en hauteur. Le tabouret ou l’escabeau dans une cuisine, c’est le scénario type de la fracture. Redescendre la vaisselle quotidienne à hauteur de main est un déménagement d’une heure.
  • Sol non glissant, et une serpillière rangée à portée pour essuyer immédiatement.
  • Un éclairage sous les meubles hauts : le plan de travail est presque toujours dans l’ombre de celui qui y travaille.

L’extérieur

Seuils, marches du perron, allée irrégulière, mousse en hiver : c’est la zone la plus souvent oubliée, alors qu’elle se parcourt les mains chargées.

  • Un éclairage extérieur à détection, allumé avant d’arriver à la porte.
  • Une main courante au perron, même pour deux marches.
  • Les seuils supprimés ou biseautés.

Matériel utile

Trois équipements qui traitent les situations décrites plus haut, sans travaux ni intervention d’une entreprise.

Ce qui ne se règle pas par des travaux

Trois causes majeures de chute ne sont pas dans le logement :

  • les médicaments — au-delà de quatre ou cinq traitements simultanés, une révision d’ordonnance par le médecin traitant ou le pharmacien est justifiée ;
  • la vue — un contrôle annuel, et des lunettes adaptées à la marche autant qu’à la lecture ;
  • la force musculaire et l’équilibre — c’est le seul facteur qui s’améliore réellement. L’activité physique adaptée fait plus pour prévenir une chute que n’importe quel équipement.

Par où commencer concrètement

  1. Faites le trajet de nuit vous-même, lumières éteintes, comme la personne concernée le fait. Vous verrez le problème en trente secondes.
  2. Traitez d’abord le gratuit : tapis, fils, objets au sol, veilleuses.
  3. Puis les petits équipements : barres d’appui, rehausseur, siège de douche.
  4. Enfin les travaux — douche de plain-pied, escalier — qui relèvent de MaPrimeAdapt’ et se préparent plusieurs mois à l’avance.

Un dernier point, sur le ton à adopter : une personne à qui l’on annonce qu’elle « risque de tomber » refuse en général les aménagements, parce qu’ils actent un déclin. Présenter la même barre d’appui comme un confort — « c’est bien plus pratique » — fait accepter en une phrase ce qu’un argumentaire sur le risque fait refuser en dix minutes.


Sources : Santé publique France — Hospitalisations et mortalité en lien avec une chute chez les 65 ans et plus, données 2015-2024. Chiffres vérifiés le 18 août 2026.